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De la santé des photographes

Les sociétés d’auteurs, la SCAM et la SAIF (l’auteur de ce post est à la SAIF) ont commandé à une sociologue, Irène Jonas, un rapport sur la santé des photographes, sur notamment les photojournalistes (Les autres, les « auteurs » n’existant pas vraiment, les auteurs-photographes étant « le peuple d’en bas de la photographie » ; alors que, dans « le même temps », la plupart des photojournalistes plongent dans ce « bas monde »).

Extraits :

« Repenser mon métier de photographe, rebondir. L’appareil photo me brule, son poids m’arrache la nuque. Je veux bien me battre, ne pas les laisser gagner mais je ne suis pas équipée pour faire face à leur stratégie. Une forme de management moderne. Arracher le cœur des gens avec le stylo bille en or pour bien gratter le fond de leur estomac.Message clair : RIEN. Tu pensais mettre de l’âme dans ton travail, te donner à fond, bon esprit d’équipe, toujours partante. Et bien voilà, la preuve en est, je ne faisais que m’agiter, faire tourner de l’air car rien, rien je ne représente rien d’autre qu’une économie dans un tableau Excel. Je pensais que mes images comptaient. Que mes photos pouvaient dire. Rien je vous dis rien. Quelqu’un d’autre, moins payé, va appuyer sur le bouton et peu importe la photo, ça fera toujours plus l’affaire que d’avoir à payer. Rien, aucune valeur. Rien. Vingt ans d’ancienneté. Rien. Des couvertures qui font les meilleures ventes annuelles. Rien.Je ne vaux même pas un licenciement. Rien. Où alors un agacement sous forme de convocation prud’homale. Un ou deux collègues qui mollement protestent mais pas au point de perdre leur avantage. Rien. Rien. Rien. Et je dois repartir, passer à autre chose, avoir des projets. Refaire confiance, m’investir dans un reportage. Croquer dans la vie. J’ai les dents arrachées et les gencives brulées par l’amertume. Devenir un coyote pourrait me faire envie, hurler à fendre l’arme, leur sauter à la gorge, arracher leur sourire satisfait à pleine gueule, les crocs plongés dans leurs yeux de rapace et trainer le cadavre de leurs ambitions. Mais rien, je ne ferai rien. Je suis annulée. »

« Au début j’étais pigiste, en salaires, mais très vite ils m’ont proposé de travailler en droit d’auteur, c’était beaucoup plus intéressant pour eux, pas de 13e mois, pas de congés payés et moi… Tu cherches toujours à arranger les gens, tu ne vas pas commencer à dire non… Donc j’ai dit oui et très vite ils m’ont presque tous payée en droit d’auteur. A l’époque je ne savais pas que ce n’était pas légal mais je me souviens que ça a commencé dans les années 1992, 1994 par là… »

«Depuis le numérique, je travaille 3 fois plus et gagne 3 fois moins. Je fais 4 métiers en un, photographe, tireur, retoucheur, graphiste. Je travaille non stop ! il faut pour être performant apprendre à travailler sur de nouveau logiciels, c’est chronophage et sans fin. Il faut travailler toujours plus vite, avec mails et sms, on n’hésite pas à vous solliciter n’importe quand. Les positions prolongées sur l’ordinateur, amènent tensions aux cervicales, mal de dos, et tensions oculaires. »

« … les conditions tendent à se détériorer de manière exponentielle (baisse du tarif des piges; syndication imposée ce qui fait disparaître les reventes, qui équilibrent des revenus en piges peu élevés, concurrence des grands groupes qui vendent à la tonne des photos à très bas prix, des tarifs totalement inapplicables pour un indépendant, matériel cher à la charge du photographe… »

« …depuis une bonne dizaine d’année, les photographe se font manger à petit feu, par une non valorisation de la profession et de la création de l’auto-entreprenariat qui à fait des ravage dans le milieu, et créer une concurrence un peu déloyale parfois, en faisant au passage diminuer une qualité visuelle auparavant escomptée. Tous ça pour les bénéfices toujours fleurissant des grandes entreprises. La majorité du stress, en tout cas le sujet qui revient souvent parmi les photographes, est bien celle-ci : la dépréciation de notre savoir faire… »


« …Si on doit évoquer ce sujet, je dirais que je ne me soigne pas, je ne peux pas soigner mes yeux, je ne peux pas soigner mes dents… C’est clair que je n’ai pas les moyens de me soigner… »

« …Pendant un an on a vécu à l’eau froide, le chauffe-eau était cassé et je n’avais pas de quoi le changer, pas de tunes alors on se lavait à l’eau froide… »

« … Je n’ai jamais aimé faire les fins de manifs, mais aujourd’hui il faut un casque, être équipé comme si on partait faire la guerre. J’ai été tenté d’y aller, mais plein de copains ont été blessés. Moi si je me fais péter un truc… Tu risques gros, alors est-ce que ça vaut le coup pour quelques images en sachant que de toute façon il va y avoir des milliers de photos. Aller risquer de foutre en l’air mon matos, ma santé alors que je n’ai pas une commande sur ce sujet. Pour les gilets jaunes il y a 150 mecs qui sont là, qui font des photos sans qu’on leur ait rien demandé. Je n’ai plus qu’un seul boitier, si je me le fais péter j’en ai pour 3 000 balles minimum… »

« …On vit dans un monde parfaitement injuste et c’est un métier impitoyable, extrêmement dangereux, aléatoire, sans foi ni loi… »

Le communiqué

Le rapport intégral

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Bonus:

Ceux qui lisent ce post, bien au chaud, et qui sont des tapeurs invétérés des travaux des photographes, je me dis, que peut être, ils vont se calmer un peu, j’en doute fort ! J’en doute complètement ! A défaut de taper, il y a les adeptes de la daube « libre de droit » (fiction juridique, système illégal), ben là, comme c’est devenu la norme (norme ultralibérale, casse du Code de la propriété intellectuelle, et donc casse des droits des auteurs des photographies, l’équivalent macroniste du côté salariat : c’est la casse de la sécu !), y’ a strictement rien à en attendre, que des pros finissent à la rue, çà peut même les amuser, çà les distrait de leur morne vie, çà réconforte leurs cerveaux bloqués au stade reptilien, c’est leur jouissance du pauvre a eux !

L’ère ultralibérale est peuplé de cyniques, de fourbes, de manipulateurs, qui avancent masquées avec de la novlangue et des sourires de vendus au système, qu’ils servent avec zèle ! La notoriété, leurs carrières avant tout et le train de vie qui va avec !

Super bonus (même les « grands reporters » sont considérés comme des moins que rien !) :

… Les rédacteurs en chef sont bien conscients que rémunérer un article 70$ vous pousse à économiser sur tout. Ils savent aussi que si vous êtes sérieusement blessé, une partie de vous espère ne pas survivre, parce que vos finances ne vous permettent pas d’être blessé. Mais ils achètent l’article, même quand ils refuseraient d’acheter un ballon de foot Nike fabriqué par des enfants pakistanais…
Lettre d’une pigiste perdue dans l’enfer syrien.

Et surtout : Noyeux Joël !

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