London

 

 

Jack London
Le Talon de fer
Phébus, collection : Libretto (2003).

Trotski considérait Le Talon de fer (1908) comme le seul roman politique réussi de la littérature. Un roman d’anticipation politique, pour être précis : qui prévoit une guerre mondiale mettant aux prises l’Allemagne et les États-Unis, une révolution d’octobre 1917 (mais à Chicago)… et l’avènement d’une dictature d’un genre nouveau (disons fasciste, pour simplifier) appelée à durer quelque trois siècles… Une lecture, on l’aura compris, qui n’est pas de tout repos. Avec cet ouvrage, la collection  » Libretto  » poursuit la publication -pour la première fois dans des traductions entièrement revues et complétées, parfois dans des traductions nouvelles – de l’essentiel de l’œoeuvre de Jack London : où l’on découvre enfin le vrai visage d’un écrivain qui reste, mieux que jamais, à la source de notre modernité.

 

Extraits :

 

Notre civilisation tant vanté est née dans le sang, est imbibée de sang, et ni vous, ni moi, ni personne ne pouvons échapper à cette tache écarlate.

 

Et c’est ainsi qu’au lieu d’un paradis je découvris l’aride désert du commerce. Je n’y aperçus que de la bêtise, sauf en ce qui concerne les affaires. Je ne rencontrai personne de propre, de noble et de vivant, si ce n’est de la vie dont grouille de la pourriture. Tout ce que je trouvai fut un égoïsme monstrueux, sans coeur, et un matérialisme grossier et glouton, aussi pratiqué que pratique.

 

Les portes intérieures de ce cul-de-sac étaient fermées et verrouillées. Nous n’avions pas d’issue, car, à ce moment, la tête de colonne nous dépassait. Ce n’était pas une colonne mais une cohue, un torrent déchaîné qui emplissait la rue ; c’était le « peuple d’en bas » affolé par la boisson  et la souffrance, rugissant et se ruant enfin pour boire le sang de ses maîtres. Je l’avais déjà vu, ce peuple de l’Abîme : j’avais traversé ses ghettos, et croyais le connaître ; mais il me semblait aujourd’hui que je le voyais pour la première fois.

 

« Le Talon de fer » de Jack London : socialiste, pessimiste et visionnaire

 

 

 

 

Photo en-tête, le talon de fer édité chez 10/18 en 1982.